La lettre à l'écrivain

 

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Chère Leila,

Par où commencer... ? A la lecture de votre roman « Mariée de force », je suis passée par plusieurs stades émotionnels : la compassion, la tristesse, la peur, l’effroi, et aussi la révolte. Beaucoup de questions s’enchaînaient, se mêlaient à mon abattement : comment peut-on vivre ainsi ? Cela existe-il ? En France ? C’était, et cela reste, l’incompréhension totale.

Comme vous le dîtes dans votre roman, je ne peux pas comprendre. Ou du moins, mon éducation de jeune « gauloise » ne me permet pas de comprendre. Et en effet je ne comprends pas. Je ne comprends pas cette « honte » qui plane sur toutes les jeunes filles, cette obsession de la virginité intacte, à une époque où la sexualité n’est [presque] plus pudique. Votre monde, ce monde inimaginable dans lequel vous avez grandi, me semble tout droit sorti du cosmos. Loin de la réalité. Loin du 21ème siècle.

Leila, vous semblez être une femme en manque d’amour, notamment d’amour paternel. Vous avez peur ; votre ancienne vous, décrite dans le livre, était noyée par la peur. Votre seul moyen de communication était alors la révolte : cigarettes, maquillage... puis très vite des choses bien pires : fugues, tentatives de suicide, et ce à plusieurs reprises. Des appels à l’aide désespérés, des cris amers dans le vide... Ce que vous avez vécu est innommable. Cette vie de dur labeur, en tant qu’esclave de vos DIX frères, tout ceci est inconcevable. Et pourtant...

En France, les femmes se battent pour l’égalité des sexes, au Maroc certaines minorités les rendent parfois « inférieures ». Je ne peux m’imaginer à votre place, je ne peux même pas concevoir que cela puisse exister.

Votre roman est fort, puissant. Et en même temps plein d’émotions, de beauté, d’espoir, de votre personnalité propre en quelque sorte. Votre humanité, votre courage transpirent de ces pages. Car malgré tout, vous ne détestez pas votre famille, votre père. « Mon père reste mon père ». Et pour cause : il ne souhaitait que « votre bien ». Cependant cette notion de « bien » ne semble pas être la même que la mienne. Votre éducation, son éducation à lui, est à des années lumières de la mienne. Mais c’est « normal ». Les pères battent leurs filles, leur trouvent un mari, les casent dès que possible... pour leur bien.

J’ai beaucoup, vraiment beaucoup aimé la lecture de votre roman. Cela m’a beaucoup apporté, en tant que lectrice, mais aussi en tant que femme. J’espère sincèrement que votre combat ne s’arrêtera pas à l’écriture d’un livre. Votre combat devrait être entrepris par toutes les femmes, quelque soit leurs origines. Toutes les femmes qui souhaitent une vie plus libre, une vie faite de droits. Parce que vous le méritez. Votre parcours de vie a été semé d’embûches, de souffrances et de malheurs. Malgré tout, vous souriez, vous aimez la vie, vous la remerciez pour ce que vous avez, vous vous battez pour votre fils... C’est si incroyable ! Bravo à vous.

Merci pour cette lecture enrichissante, prenante, fascinante. Merci de vous battre encore et toujours.

 

- Séverine

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