(les histoires entremêlées de deux filles, Nénette 15 ans et Sandrine 20 et quelques ans)

Ça fourmille… 

 

Les mondes se rencontrent tous les jours. Indivisible de la vie humaine : la rencontre. Que l’on s’aime ou non. Que l’on se connaisse ou non. Nous nous rencontrons. Nous nous vivons. Contacts. Les uns les autres. Pour et grâce aux autres. Sans eux nous ne sommes rien. Avec eux nous mourrons.

Une vieille croyance raconte que quand, dans le monde, quelqu’un meurt, un autre naît. Est-ce la même chose pour la joie ? Quand on déprime, qu’on est seul, quelque part, une personne s’éclate et hurle sa joie au monde entier.

 

Le 25 août

10h48 – Maman recoud des anses à un sac Yves Rocher. C’est une petite femme habillée en rose et jaune.

- Il y a un souci, dit-elle.

Elle trifouille dans sa machine à coudre. Elle démêle les fils. Puis c’est reparti. Le bruit régulier de la machine en plein travail.

- Ça c’est fait. Il y avait autre chose à coudre Nénette ?

- Non je crois pas.

Elle range son sac. Met un short bleu et cherche une autre occupation. « Que fallait-il faire ce matin ? » Elle cherche. Cherche. Trouve. Il faut ranger les modes d’emplois de toutes les machines et appareils de la maison.

 

Quelques mois plus tôt – Papa et Maman Lecombe ont acheté une nouvelle maison. « Pour nos vieux jours » disent-ils. C’est vrai que le temps, ça passe. Cinquante ans qu’ils ont.

Mais ils tiennent encore la forme. Ils ont tout refait de fond en comble (du moins que le fond pour le moment parce que les combles ne seront faits que l’année prochaine). La tapisserie est posée. Le plancher l’est tout autant. La charpenterie avance. La maison prend forme ; le foyer se construit.

 

10h59 – Le rangement des modes d’emplois avance. Elle déchire les papiers inutiles. Trie les papiers utiles. Classe dans une petite boîte en carton qui retournera au garage avec le reste du bazar des nouveaux propriétaires.

Pendant ce temps, Nénette « surfe » sur Internet. Elle lit son horoscope sur Femina.fr. Car c’est une femme la Nénette. Une petite-future femme disons… Cheveux d’un blond cuivré innocent. Yeux verts-bleus-gris. Divinement banale.

 

11h03 – Nénette est « écrivain ». Elle tente d’aligner les mots pour les transformer en phrases. Pour ça elle a une « prof ». Celle-ci l’aide beaucoup. C’est une amie. Et oui une amie ! Nénette a beaucoup d’amis. En avait. En aura… euh… Bref !

Donc, Nénette écrit. Elle écrit l’histoire de sa famille. C’est une famille ordinaire. Deux parents mariés + Nénette + Sœur + Frère. Sœur et Frère sont grands maintenant, alors Nénette vie seule avec Papa et Maman. Mais ça ne la dérange pas. Elle aime la solitude comme elle aime le bleu. C’est ça la vie d’ado. On aime des choses. On en déteste d’autres. Après tout, c’est à cette période de la vie qu’on se forge son caractère, son opinion, ses désirs futurs et présents… Il faut bien commencer un jour. Et Nénette, elle commence dès aujourd’hui.

Ainsi, le rêve de Nénette, c’est de devenir écrivain, journaliste, bibliothécaire et princesse guerrière d’un monde perdu rempli de Hobbits et de Strangulos mangeurs de poissons multicolores… Ben quoi ? Oui je sais, Nénette a une imagination débordante. Ça lui pose parfois des problèmes. Quand elle s’enferme dans son monde imaginaire, c’est un problème. Quand son esprit vagabonde dans des contrées inconnues et mystérieuses en abandonnant complètement la conversation des gens qui l’entourent, c’est un problème. Quand elle respire l’air purificateur des vallées orientales de L’Himalaya, oui c’est un problème.

Mais Nénette s’en accommode, et oui, il faut bien ! Et puis, Nénette regarde trop la télé. Et elle lit trop de livre de SF et autres story fantastiques, autobiographiques, et/ou héroïco -fantaisistes. Tout ça pour recharger les batteries de son imagination. Enfin… Elle ne s’en plaint pas trop… Finalement, c’est une aubaine pour elle, le petit être qui vagabonde ! Le petit être tout plein de sa puissante imagination, de cette énergie bénéfique et supersonique.

 

11h14 – Maman continue de ranger. Elle s’est attaquée au garage et découpe à présent des cartons. Pas besoin de paroles inutiles avec sa fille. Quand elle aura besoin d’elle, elle l’appellera.

- Qu’est-ce qu tu fais, fini par demander Nénette.

- Je range, répond Maman (imperturbable dans son labeur de longue haleine…).

 

En l’an 2315 (à peu de chose près) – Une soucoupe volante attaque Nénette. Elle prend son pistolet laser, vise et… Bip, bip, bip. Tululute. Maman compose le numéro de Mémère. Elle essaye depuis tout à l’heure mais cela sonne toujours occupé. Pan, pan, la soucoupe boeing 986 est touchée. Elle se crashe dans la prairie de bulots. « Sinon ben y’a pas de souci quoi. » Maman raconte sa vie à Mémère. Cela ennuie Nénette : Maman parle fort ! Retour dans l’espace mais la redescente sur terre et brutale :

 

11h35 – Maman « fait à manger ». On est que deux la journée. Papa travaille (il a reprit le boulot hier). Il rentrera ce soir. Quand ce sera ma rentrée (dans une petite dizaine de jours), on sera tous dans le logement de fonction de mon père. Mais pour le moment, Maman et Nénette profitent encore un peu des vacances et de la maison proche de la mer.

Comme je le disais, Maman fait à manger. Elle demande :

- Qu’est-ce que tu veux avec du thon, du maïs ou des tomates ?

- Du maïs.

Elle ne va pas tarder à demander à Nénette de mettre la table. Elles vont manger en 15 minutes top chrono. Comme toujours.

 

11h44 – En mangeant, Nénette pense à son histoire. Elles ne parlent pas. Trop de discussion tue la discussion. Maman est absorbée par une petite fille qui monte dans un arbre en face. Elle aime regarder les gens dans la rue. Commère. Toujours. La petite fille va se faire mal. Ou pas. Peu importe après tout, Maman ne fait que regarder.

 

Midi moins une – Nénette aspire les miettes qu’elle a faites en mangeant. Elle continue à penser à son histoire. Ça pullule dans sa tête. Ça fourmille. Ça se construit et ça prend vie dans sa caboche perturbée.

 

C’est bizarre

Etrange

Mes idées se bousculent dans ma tête

Je pense à pleins de choses

Personnes différentes

Amis

Ennemis

A la façon d’arranger

Les choses avec Mathias

Pourquoi est-ce que cela a mal tourné ?

Pourquoi es-tu en colère contre Maud ?

Elle qui t’aime tant…

Comprends pas

Et ne comprendrai sûrement jamais

Je suis une étrangère

Au monde des sentiments humains

Pourtant, j’essaie

Je simule

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